Affaires courantes
Le 9, 4, 10 et 33 appartiennent au passé
Frédéric Lord
Saturday, 22 November 2008
On tend à attribuer au sport des vertus sociologiques. Toujours. Bonnes ou mauvaises, on cherche des raisons pour sanctionner notre ferveur, notre envie intenable de connaître le score.
On cherche du sens.
Dans une certaine mesure, le sport devient le témoin d’une époque, d’une société. Un miroir plus ou moins déformant. Un miroir dans lequel ne se reflètent parfois que deux tons.
Une partie de la gloire du Canadien de Montréal tient à cette façon qu’a eu l’organisation, et dans un mesure parfois plus grande les joueurs, à transfigurer la culture québécoise.
En fait, peu de joueurs peuvent se réclamer d’avoir un jour incarné les aspirations d’une province.
Le numéro 9 le peut. À ce moment, le québécois est un travailleur de peu de mots, voir bourru. Exploité par des propriétaires anglophones, il a des mains grosses comme ça et son courage, de Vimy à Ville d’Anjou, demeure la seule certitude. Il s’enorgueillit de déménager et compter cinq buts le soir même. Dans le silence et la résignation qui lui confère sa force, sa fureur.
Le numéro 4 le peut. Parce que, contrairement à son prédécesseur, il est l’homme du monde. Plus raffiné, plus éduqué, il dégaine de façon élégante. Il pense tout aussi bien que le plus scientifique des joueurs. Le fait de marquer en prolongation et de porter l’habit trois pièces impressionne, rassure sur le progrès réalisé jusque-là . C’est l’expo 67, c’est la Révolution tranquille sur glace.
Le numéro 10 le peut. Puisque la pensée explose, le corps exulte. Le flower power. La poésie, l’effervescence de la nuit de la poésie. Comme tout le monde, on fume entre les périodes et on célèbre notre différence sur la glace. Après 1980, la déprime, le déclin, le jeu défensif.
Et le numéro 33 le peut. Avec le marasme, la récession vient l’individualisme. Seul devantson filet. L’affirmation. La combativité surtout. La compétitivité et une certaine arrogance qui manquait au Québec pour éclore aux quatre coins de la planète. C’est le Québec Inc, Céline Dion, Quebecor, le Cirque du Soleil; c’est tout ça et un peu plus. Puis, tout de suite après novembre 1995, on déménage aux États. Le succès y est, un soupçon de regret. Mais toujours la victoire.
Et le prochain? International? Immigré? De l’ouest ? Ça ne peut être rude, ça non.  Les meilleurs ne sont jamais des goons.
Voilà pourquoi le 9, le 4, le 10 et le 33 sont les seuls numéros qui devraient reposer au plafond de la Cathédrale montréalaise. Ils incarnent notre passé.







24 November 2008 à 2:37
Je trouve ton analyse intéressante, mais de là à dire que les Harvey, Plante, Robinson, Pocket Rocket et les autres n’ont pas leur place au plafond, je ne suis pas prêt à te seconder. Les joueurs que tu nommes ont certainement eu un impact qui a dépassé la surface glacée, mais le critère pour retirer un chandail n’est pas l’impact sur la société mais plutôt la contribution à long terme qu’un joueur apporte à un club qui réussit. De là l’importance d’honorer les Geoffrions, Cournoyer, etc…
24 November 2008 à 12:00
[…] Télé « Le 9, 4, 10 et 33 appartiennent au passé […]
24 November 2008 à 12:22
@Loin de moi l’idée de diminuer la contribution de Plante (l’invention du masque!!!) et du Pocket Rocket (11 coupes) pour ne nommer qu’eux.
Ce que je propose ici, c’est l’évidence. Ces quatre joueurs sont clairement ceux qui ont plus marqué les partisans… parce qu’ils étaient; sont devenus ou ont été récupérés (là -dessus, je ne suis pas en mesure de statuer encore) par notre société et sont ainsi devenus des mythes.
Et, un mythe, ultimement, explique certains aspects fondamentaux du monde.
Au plaisir de te lire encore Fred D.